mercredi 3 juin 2026 · N° 21 — Automne
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Issue 21
Automne · Lecture libre
Guides · 6 minutes

Lalande-de-Pomerol 2011 : prix, qualité et bouteilles à connaître

Quinze ans après, le millésime 2011 à Lalande-de-Pomerol commence à parler : tanins fondus, fruit encore présent, prix raisonnables. Petit panorama des bouteilles que je rouvrirais aujourd'hui.

Le millésime 2011 à Lalande-de-Pomerol n’a pas la côte de 2010 ou 2015 — mais c’est précisément ce qui en fait une bonne affaire aujourd’hui. À 15 ans, les vins commencent à parler.

J’ai rouvert cette semaine une bouteille de Château Bertineau Saint-Vincent 2011 que j’avais oubliée dans la cave : robe encore très soutenue, nez sur la cerise noire mûre et le sous-bois, tanins enfin fondus. C’est à cet âge-là que les Lalande-de-Pomerol révèlent leur intérêt — ni trop jeunes ni passés.

Le millésime 2011 reste sous-estimé. La presse spécialisée l’avait jugé “classique” voire un peu maigre à sa sortie, comparé au monumental 2010. Quinze ans plus tard, les bouteilles bien conservées tiennent la route, à des prix qui restent abordables pour le rive droite bordelaise.

Le millésime 2011 en cinq lignes

Année hétérogène à Bordeaux. Printemps précoce et chaud, mais été frais et pluvieux, vendanges sauvées par un septembre lumineux. Sur Pomerol et Lalande-de-Pomerol, les sols argilo-graveleux ont absorbé l’excès d’eau et les merlots ont mûri correctement. Les vins sont moyennement concentrés, élégants plutôt que puissants, avec une acidité un peu plus marquée qu’en 2009 ou 2010.

Conséquence pour le buveur d’aujourd’hui : ce sont des vins de table, pas des vins de garde longue. Beaucoup ont déjà atteint leur apogée, certains commencent à décliner. Il faut acheter en connaissance.

Prix actuels du Lalande-de-Pomerol 2011

Voici ce qu’on trouve aujourd’hui en cave ou en vente en ligne, à mai 2026 :

NiveauFourchette de prixExemples
Domaines accessibles18–30 €Château La Croix Saint-Jean, Château Tournefeuille (cuvée classique)
Domaines reconnus30–55 €Château La Fleur de Boüard, Château Les Cruzelles
Top de l’appellation55–90 €Château La Fleur de Boüard “Le Plus”, Château Siaurac

À titre de comparaison, le voisin Pomerol pour le même millésime tourne entre 80 et 250 € pour des châteaux équivalents — c’est l’écart classique entre les deux appellations. Lalande reste l’entrée de gamme intelligente du plateau de Pomerol.

Les domaines que je rouvrirais aujourd’hui

Château La Fleur de Boüard — Hubert de Boüard (consultant et propriétaire) a fait à La Fleur de Boüard ce qu’il fait partout : des vins denses, soyeux, à dominante merlot. La cuvée classique 2011 est mûre, encore fruitée, parfaite sur un magret au poivre. La cuvée “Le Plus” (90 % merlot, 100 % bois neuf) est plus extraite et demande encore un peu de carafe pour s’ouvrir.

Château Les Cruzelles — Domaine que je conseille souvent aux gens qui découvrent l’appellation. Le 2011, autour de 35 €, montre un fruit noir précis, des tanins fondus, une belle longueur sans excès. C’est un vin droit, pas démonstratif.

Château Tournefeuille — Plus rustique, plus paysan. Le 2011 est très ouvert maintenant, charnu, sur la cerise noire et l’humus. Une bouteille à boire dans les deux ans, avec un confit de canard et des cèpes.

Château Bertineau Saint-Vincent — Domaine de Michel Rolland (le consultant) lui-même, à un prix raisonnable (20–25 €). Le 2011 est dans une bonne phase : tanins ronds, fruit encore présent, une touche de sous-bois qui annonce le déclin. À boire maintenant.

En 2011, j’achète Lalande-de-Pomerol et je laisse Pomerol pour les grandes occasions. La différence dans le verre est mince ; la différence dans la facture est massive.

Quand le boire ?

La grande question. Pour le 2011 à Lalande, la fenêtre est maintenant :

  • Cuvées classiques (20–35 €) : à boire dans les 2 à 5 ans. Au-delà, vous prenez le risque d’un fruit qui s’efface.
  • Cuvées de garde (40–60 € et plus) : 5 à 10 ans encore possibles. Les La Fleur de Boüard “Le Plus” et les Siaurac de cette gamme ont la structure pour ça.

Si vous avez une bouteille 2011 oubliée dans la cave, je vous conseille de ne pas attendre. Si vous achetez aujourd’hui sur Vinatis ou iDealwine, vérifiez bien le niveau dans le col (mi-épaule minimum) et privilégiez les vendeurs qui garantissent un stockage à 14 °C.

L’accord du soir

Un Lalande-de-Pomerol 2011 demande une cuisine automnale, mijotée, légèrement umami : un osso-bucco, une joue de bœuf au vin rouge, un risotto aux champignons. Sur les fromages, il aime les croûtes lavées (Époisses, Munster) — l’acidité résiduelle du millésime équilibre la puissance des fromages.

Carafe légère 30 minutes avant le service. Verre Riedel Bordeaux ou équivalent (forme ballon, ouverture moyenne). Température idéale : 16–17 °C, surtout pas davantage.

Une bouteille à 35 €, un soir de novembre, un plat mijoté. C’est probablement ce que Lalande-de-Pomerol fait de mieux.