Le pinot noir 2014 en Bourgogne a vécu dix ans dans l’ombre du 2015 — millésime solaire et flatteur que tout le monde a applaudi. Onze ans plus tard, 2014 reprend doucement ses droits.
C’est l’histoire d’une injustice. Quand 2014 est sorti, on a parlé d’un millésime “classique”, “tendu”, “à attendre”. Sous-entendu : pas aussi puissant que 2015, pas aussi opulent que 2018. Beaucoup d’acheteurs sont passés leur tour. Aujourd’hui, à onze ans, le pinot noir 2014 montre une fraîcheur, une précision aromatique et une longueur que ses voisins solaires n’auront jamais. Et il reste abordable.
J’ai rouvert le mois dernier une bouteille de Volnay 1er cru “Les Mitans” 2014 du Domaine Marquis d’Angerville. Robe rubis encore vive, nez sur la cerise griotte, la rose fanée et un soupçon de sous-bois, bouche tendue, finale saline. Le genre de Bourgogne qui rappelle pourquoi on aime le pinot noir.
Le millésime 2014 en Bourgogne
Année compliquée à la base. Printemps doux, été frais et pluvieux, grêle sur la Côte de Beaune début juillet (Pommard, Volnay, Meursault durement touchés). Beaucoup de domaines ont craint le pire. Puis vendanges sauvées par un septembre lumineux et sec — pinots noirs ramassés à pleine maturité, acidités préservées.
Résultat sur le verre :
- Robe moyennement soutenue, jamais opaque
- Nez précis, frais, sur les fruits rouges (cerise, framboise) plutôt que noirs
- Bouche tendue, avec une acidité présente qui donne de la longueur
- Tanins fins, parfois fermes en jeunesse mais qui fondent bien
- Degrés alcooliques modérés (12,5–13 % vol.) — ce qui devient rare en Bourgogne
C’est un millésime de gastronomie, pas de méditation. Il accompagne mieux qu’il ne s’écoute.
Trois zones, trois lectures
Côte de Nuits (Gevrey-Chambertin, Morey, Chambolle, Vougeot, Vosne-Romanée, Nuits-Saint-Georges) — la moins touchée par la grêle, la plus régulière. Les vins y sont charnus pour 2014, avec une bonne structure tannique. Les Gevrey et Vosne 2014 sont aujourd’hui dans leur fenêtre d’apogée — il faut les boire dans les 5 ans.
Côte de Beaune Nord (Pommard, Volnay, Beaune) — la grêle de juillet a réduit les rendements de 30 à 50 % selon les parcelles. Production minuscule, mais les vins survivants montrent une élégance saisissante. Volnay 2014 est probablement la perle cachée du millésime. À boire dans les 3 à 8 ans selon le domaine.
Côte de Beaune Sud (Auxey-Duresses, Saint-Romain, Monthélie, Santenay) — appellations satellites souvent oubliées. Le 2014 leur va bien : c’est précisément le profil tendu et fruité que ces villages réussissent le mieux. Prix très accessibles (18–35 € pour les villages).
Domaines et bouteilles à connaître
Quatre repères, accessibles ou ambitieux.
Domaine Faiveley (Nuits-Saint-Georges) — Maison familiale qui a beaucoup investi dans la précision viticole ces vingt dernières années. Le Mercurey “Clos des Myglands” 2014 (autour de 28 €) est un excellent point d’entrée, le Gevrey “La Combe aux Moines” 1er cru (90–110 €) une vraie bouteille de bistro raffiné.
Domaine Marquis d’Angerville (Volnay) — Une des références absolues du village. Les Volnay 1er cru “Les Mitans” et “Champans” 2014 sont magnifiques aujourd’hui (110–160 €). Production confidentielle, à chercher chez les cavistes spécialisés.
Domaine Vincent Girardin (Meursault) — Excellent pour ses villages Côte de Beaune. Le Saint-Romain et l’Auxey-Duresses 2014 (25–40 €) montrent ce que le millésime fait de mieux à prix raisonnable.
Domaine Sylvain Pataille (Marsannay) — L’appellation Marsannay, longtemps boudée, retrouve ses lettres de noblesse grâce à des vignerons comme Pataille. Le Marsannay 2014 (40–55 €) est plus fin que beaucoup de Gevrey du même millésime.
Un Bourgogne pinot noir 2014 bien choisi vaut, à mon goût, beaucoup plus que ses 30 €. C’est un des derniers millésimes “frais” avant le réchauffement marqué des années 2018–2022.
Quand et comment le boire
Fenêtre de garde :
- Villages génériques (Bourgogne, Marsannay, Saint-Romain) : à boire maintenant et jusqu’en 2028–2030.
- 1er crus Côte de Nuits : fenêtre 2025–2032, parfois plus selon le domaine.
- Grands crus (Chambertin, Échezeaux, Bonnes-Mares) : 2027–2040 sans souci.
Service : 14–15 °C, pas plus. Un Bourgogne servi à 18 °C devient confus et alcooleux. Carafe inutile pour les jeunes, courte aération (15 min) sur les vieux.
Verre : Riedel “Bourgogne” ou Zalto “Burgundy” — le bord rentrant concentre les arômes délicats du pinot. Évitez les grands ballons type Bordeaux qui les diluent.
Accords éprouvés
- Pigeon rôti, peau croustillante, jus court. L’accord canonique du Bourgogne rouge.
- Champignons sauvages — girolles, cèpes, morilles — en risotto ou en garniture. Le pinot noir parle leur langue.
- Volaille de Bresse pochée, sauce suprême crémée. Plus fin qu’un poulet rôti, plus précis sur le vin.
- Plateau de fromages affinés : Brillat-Savarin, Comté 24 mois, Époisses. Éviter les pâtes pressées trop jeunes ou les bleus très puissants.
Où acheter aujourd’hui
Le 2014 n’est plus en primeur depuis longtemps. Cherchez :
- iDealwine (ventes aux enchères et achat direct, 30–80 €/bouteille selon les cas)
- Millésima (stocks de domaines, certifiés bien conservés)
- Les Caves Augé à Paris ou Soif à Bordeaux pour les cavistes physiques de référence
- Vinatis pour les villages et 1er crus accessibles (Faiveley, Girardin, Joseph Drouhin)
Vérifiez systématiquement le niveau dans le col (mi-épaule minimum) et l’état de la capsule sur les bouteilles anciennes. Un Bourgogne 2014 mal stocké est immédiatement perdu.
En résumé : si vous voulez goûter ce que le pinot noir bourguignon a fait de bien dans les années 2010, c’est maintenant qu’il faut ouvrir le 2014. Dans cinq ans, il sera déjà tard.