2014 est l’un de ces millésimes que les acheteurs de primeur ont sous-estimés à sa sortie et qu’on redécouvre aujourd’hui, le verre à la main. Onze ans après, il offre exactement ce qu’on cherche dans un Bourgogne : la fraîcheur, la précision, la salinité.
J’ai eu la chance de boire récemment trois bouteilles de Bourgogne 2014 en quelques semaines : un Saint-Aubin 1er cru de Pierre-Yves Colin-Morey, un Chassagne villages de Lamy-Caillat, un Bourgogne rouge générique du Domaine de Bellene. Trois niveaux d’appellation, trois budgets, mais une même impression : ces vins sont en pleine forme.
C’est exactement ce qu’on cherche dans un Bourgogne et qu’on trouve de moins en moins facilement avec le réchauffement.
Pourquoi 2014 est un millésime à part
L’année avait commencé sous de mauvais auspices. Printemps doux mais juin maussade, été frais et pluvieux, grêle dévastatrice sur la Côte de Beaune le 28 juin (Pommard, Volnay, Meursault, Puligny perdent 30 à 70 % de leurs récoltes). Puis miracle : septembre clair, frais le matin, ensoleillé l’après-midi. Vendanges étalées du 12 au 30 septembre, raisins sains, acidités préservées.
Le profil qui en résulte :
- Rouges légers à moyennement charnus, robe rubis, fruits rouges précis (cerise, groseille), tanins fondus à 10 ans, finale saline.
- Blancs tendus, fruits jaunes (poire, pomme) sur les jeunes, miel et silex sur les âgés. Acidité préservée, finale longue.
C’est l’inverse des millésimes solaires 2015, 2018, 2020. Là où ces derniers offrent puissance et opulence, 2014 propose finesse et longueur.
Lecture par zone
Côte de Nuits
La grêle a épargné cette zone. Les pinots noirs de Gevrey, Vosne, Chambolle, Nuits-Saint-Georges sont aujourd’hui dans une excellente fenêtre — fruit encore bien présent, tanins fondus, complexité tertiaire qui commence. Les 1er crus (50–120 €) sont mieux placés que les villages génériques (35–60 €), à mon goût.
À chercher : Domaine Faiveley (Gevrey “La Combe aux Moines”), Domaine Bertheau (Chambolle-Musigny), Domaine de l’Arlot (Nuits-Saint-Georges Clos de l’Arlot).
Côte de Beaune (rouges)
La grêle ici a tout changé. Pommard, Volnay : production réduite, mais qualité étonnante sur les vignerons rigoureux. Le tri à la cave a été décisif. Les bouteilles survivantes sont magnifiques, à des prix encore raisonnables (40–80 €).
À chercher : Domaine Marquis d’Angerville (Volnay), Domaine de Courcel (Pommard), Domaine Lafarge (Volnay).
Côte de Beaune (blancs)
C’est sans doute la zone la plus impressionnante de 2014. Les chardonnays de Meursault, Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet sortent aujourd’hui dans leur âge d’or : tension parfaite, complexité aromatique (miel d’acacia, beurre frais, silex, citron confit), finales interminables.
À chercher absolument : Pierre-Yves Colin-Morey (Chassagne), Domaine Roulot (Meursault), Domaine Leflaive (Puligny — si le budget suit).
Chablis
2014 est un excellent millésime chablisien. Les grands crus (Vaudésir, Bougros, Les Clos) sont à leur apogée maintenant, les 1er crus (Montée de Tonnerre, Vaillons) sont déjà ouverts et délicieux. Les villages génériques se boivent depuis longtemps — ne pas les conserver davantage.
À chercher : Domaine William Fèvre, Domaine Raveneau (rare, cher, mais culte), Domaine Vincent Dauvissat, Domaine Pattes Loup (en bio).
Côte Chalonnaise
Souvent oubliée, c’est pourtant là qu’on trouve les meilleurs rapports qualité-prix de Bourgogne en 2014. Les Rully, Mercurey, Givry rouges et blancs à 18–35 € restent excellents. À boire dans les 3 ans.
À chercher : Domaine Bruno Lorenzon (Mercurey), Domaine de Suremain (Mercurey), Domaine Vincent Girardin sur les appellations Côte de Beaune comme Saint-Romain.
Prix actuels (mai 2026)
Globalement, le 2014 est resté plus abordable que les millésimes solaires. Quelques repères :
| Niveau | Rouge | Blanc |
|---|---|---|
| Bourgogne générique | 12–20 € | 12–22 € |
| Villages Côte Chalonnaise / Hautes-Côtes | 18–30 € | 20–35 € |
| Villages Côte de Beaune / Côte de Nuits | 30–60 € | 35–70 € |
| 1er crus | 60–150 € | 70–180 € |
| Grands crus | 150–450 € | 200–800 € |
Comparé à 2015 ou 2018, comptez 20 à 30 % d’écart en moins sur la plupart des cuvées équivalentes.
Quand le boire ?
C’est la question qui change tout. Voici mes repères pour 2014 :
Maintenant et avant 2028 : tous les villages génériques (rouge et blanc), tous les Chablis 1er crus, tous les rouges de la Côte Chalonnaise.
2026–2032 : les 1er crus rouges Côte de Nuits, les villages Meursault/Puligny/Chassagne.
2028–2040 : les grands crus rouges et blancs, certains 1er crus de Chassagne très structurés.
Si vous avez du Bourgogne 2014 dans votre cave, c’est l’heure d’ouvrir les villages. Les premiers crus peuvent encore patienter quelques années.
Service et accords
Rouges : 14–15 °C, verre Riedel Bourgogne ou tulipe à bord rentrant. Accords classiques — pigeon, volaille pochée, champignons d’automne, fromages affinés (Comté 24 mois, Brillat-Savarin).
Blancs : 10–12 °C, surtout pas plus froid (un Meursault à 8 °C est muet). Verre Universal Zalto ou équivalent. Accords — poissons en sauce (sole meunière, lieu jaune au beurre blanc), volailles à la crème, fromages à pâte pressée cuite (Comté, Beaufort).
Le repas idéal pour montrer 2014 : un saumon gravlax citron-aneth en entrée (avec un Saint-Aubin blanc), une volaille rôtie aux morilles (avec un Chambolle-Musigny rouge), un plateau de fromages affinés (avec un Meursault un peu mûr).
C’est ce que j’appellerais un vrai repas bourguignon, sans effets de manche.